LE CYRANO, LES FOLIES, LE ZORBA, CHEZ FANFAN
Pousser la porte d’un bistrot, c’est choisir de s’immerger dans un autre univers. On entre chez quelqu’un, dans un espace gouverné par une présence, un tempérament. Là règne un microcosme particulier, régi par ses propres lois, autorisant certains comportements, en interdisant d’autres. En franchissant le seuil, on accepte de déléguer une part de pouvoir à celui qui en tient la clef. Car le bistrot est un territoire à la fois privé et public, orchestré et gouverné par une seule figure : le patron, ou, plus rarement, la patronne, mais toujours, l’un ou l’autre, seul maître à bord.
Plutôt que de classer la clientèle de chaque bistrot en groupes stéréotypés, catégories socioprofessionnelles, tranches d’âge ou autres distinctions, il m’a semblé plus juste, sans ignorer les positions sociales, de ne pas dissocier les clients. Ce choix permet de restituer fidèlement l’esprit du lieu, de préserver ce qui s’y joue d’essentiel : l’atmosphère, la cohabitation des différences, l’idée d’un brassage social comme vecteur d’intégration.
Dans cette perspective, et dans le souci d’une observation précise, j’ai porté mon attention sur quatre débits de boisson :
le Cyrano, les Folies, le Zorba, Chez Fanfan.
Ce chapitre présente quatre bistrots observés à Paris dans les années 1990 :
Le Cyrano, place de Clichy
Aux Folies, Belleville
Le Zorba, Belleville
Chez Fanfan, Belleville